Crise de l’autorité en France : le scandale de l’affaire Hamza “la douane”, tribune d’Olivia Betoe dans Atlantico

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Hamza « La Douane » : le vrai scandale n’est pas son insolence, mais notre impuissance

Depuis plusieurs semaines, Hamza, surnommé « La Douane », occupe les réseaux sociaux et les chaînes d’information. Cet adolescent de 14 ans s’est fait connaître par des vidéos tournées aux abords du canal Saint-Martin, à Paris. On l’y voit arroser des passants et des cyclistes, provoquer des policiers, imposer un prétendu « droit de passage » ou mettre en scène son refus de toute autorité.

À chaque épisode, les uns dénoncent son insolence ; les autres n’y voient que les facéties d’un adolescent. Mais le véritable sujet est ailleurs : comment peut-il, pendant des semaines, narguer les forces de l’ordre, tourner ses gardes à vue en dérision et construire sa notoriété sur cette impunité apparente sans que rien ne l’arrête ?

Le problème réside dans l’effritement des cadres d’autorité : la famille, l’école, la police, la justice et le pouvoir politique.

Le « symptôme Hamza », miroir de nos failles

Hamza ne symbolise pas toute l’insécurité française, mais n’est pas davantage un enfant simplement facétieux. Mineur, il doit être protégé. Mais protéger un enfant ne consiste ni à nier ses actes ni à lui laisser croire que toutes les limites peuvent être franchies sans conséquence.

Un adolescent qui provoque attend aussi qu’un adulte lui oppose une limite. Lorsque celle-ci disparaît, la transgression devient un mode d’existence. Lorsqu’elle attire les caméras et les abonnés, elle devient une identité. Lorsqu’elle donne accès à la célébrité, elle devient une récompense. Le message reçu est redoutable : plus il défie l’autorité, plus il devient visible.

L’impunité apparente comme instrument de notoriété

Une garde à vue est une mesure d’enquête, non une sanction. Des procédures concernant un mineur peuvent rester confidentielles : l’absence de sanction visible ne signifie donc pas l’absence de réponse judiciaire.

Mais c’est précisément ainsi que se construit le sentiment d’impunité. Chaque interpellation semble devenir une péripétie : Hamza est arrêté, puis réapparaît sur les réseaux sociaux, plus célèbre qu’auparavant. L’intervention policière n’interrompt plus le spectacle ; elle en devient un épisode.

TikTok et Snapchat transforment la transgression en performance. Les actes sont commis pour être vus et partagés ; les réactions indignées contribuent elles-mêmes à leur diffusion. Hamza ne cherche plus seulement à échapper à la règle : il la défie publiquement.

L’école, premier maillon fragilisé

À 14 ans, l’école devrait construire l’autorité. Pourtant, si elle doit transmettre, prévenir le décrochage et gérer la violence, elle ne dispose pas toujours des moyens nécessaires.

Lorsqu’un élève accumule absences, incidents et exclusions, quelle réponse lui est proposée ? L’exclusion temporaire peut être vécue comme quelques jours de liberté ; l’exclusion définitive déplace souvent le problème dans un autre établissement sans en traiter les causes.

Les classes relais sont utiles, mais ne répondent pas à toutes les ruptures associant décrochage, violences et rejet de l’autorité. L’école doit intervenir avant que la rue et les réseaux sociaux ne deviennent les principaux espaces de socialisation.

La famille, entre défaillance et désarmement

La première autorité reste celle des parents : protéger, éduquer et imposer des règles. Sans juger une famille dont nous ignorons la réalité, les provocations répétées d’un adolescent imposent de questionner son encadrement.

Certains parents minimisent les faits ; d’autres sont dépassés. La précarité peut accentuer l’isolement, mais elle n’engendre pas mécaniquement la délinquance. Toutes les études françaises et internationales en sociologie et en criminologie montrent qu’il n’existe pas de lien systématique et direct entre pauvreté et délinquance. À titre d’exemples, les départements des Ardennes, de l’Indre, de la Nièvre, de la Corrèze, de la Lozère figurent à la fois parmi les départements les plus pauvres du pays et les plus sûrs en taux de délinquance et de criminalité pour 1 000 habitants. Le problème est essentiellement éducatif.

Il faut ainsi accompagner ceux qui demandent de l’aide, contraindre ceux qui se dérobent gravement à leurs obligations et poursuivre ceux qui participent consciemment aux activités délinquantes de leurs enfants.

La police au terme de la chaîne

Les policiers interviennent face à des comportements dont ils ne sont pas la cause. Ils interpellent et conduisent les mineurs en garde à vue, puis les retrouvent parfois quelques jours plus tard dans une nouvelle provocation. Mais la police ne peut réparer en quelques heures des années de décrochage. Elle agit souvent lorsque les autres cadres ont déjà cédé.

Une justice trop lente pour le temps adolescent

La justice des mineurs privilégie l’éducatif et atténue la responsabilité selon l’âge. Contrairement à une idée répandue, la responsabilité pénale n’apparaît pas automatiquement à 13 ans : elle dépend d’abord du discernement. Une présomption de non-discernement s’applique avant 13 ans et une présomption de discernement après.

Cette justice spécialisée ne doit pas être confondue avec une justice faible. Comprendre la personnalité d’un mineur n’interdit ni la fermeté ni la contrainte.

Le problème tient au décalage entre le temps judiciaire et le temps adolescent. Une réponse éducative n’est efficace que si elle est rapide, individualisée et exécutée. Les travaux d’intérêt général ou stages de citoyenneté deviennent insuffisants face à la répétition des faits et au rejet de toute autorité.

La véritable bienveillance consiste à intervenir avant que l’adolescent ne devienne un jeune majeur lourdement condamné, après avoir multiplié les signaux d’alerte.

Des dispositifs trop dispersés

La France dispose notamment de foyers, de centres éducatifs renforcés ou fermés, de classes relais, de centres EPIDe, du service militaire volontaire et de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Mais ces dispositifs sont dispersés, parfois saturés et insuffisamment coordonnés. Entre l’école ordinaire et le centre fermé, il manque une réponse graduée et rapidement mobilisable.

Les réponses de Nouvel essor français

Le cas de Hamza révèle une chaîne fragmentée. Nouvel essor français propose de la reconstruire, depuis les premières difficultés scolaires jusqu’à la prise en charge des mineurs engagés dans la délinquance.

Nouvel essor français prévoit ainsi de créer un ministère de la Jeunesse élargi, regroupant tous les acteurs intervenant hors de l’Éducation nationale : associations, centres éducatifs, EPIDe, service militaire adapté ou volontaire et PJJ. L’objectif est d’assurer une stratégie nationale et un suivi global au service de nos jeunes.

Nous proposons aussi de redéfinir la PJJ et renforcer ses moyens, en coordination avec les parquets, les juges des enfants et les collectivités. Une décision tardivement exécutée perd une grande partie de sa portée.

Nous suggérons également non de supprimer les aides sociales, mais de les placer sous tutelle en cas de défaillance parentale grave et de les reverser aux structures prenant effectivement le jeune en charge.

Enfin, nous proposons de poursuivre, notamment pour recel ou implication dans un trafic de stupéfiants, les parents participant consciemment aux activités délinquantes de leur enfant. La responsabilité pénale demeurant personnelle, l’impuissance éducative appelle un soutien ; la complicité consciente, une réponse pénale.

Des internats à discipline stricte et graduée

Tous les jeunes en difficulté ne doivent pas être traités de la même manière. Un élève en échec scolaire ne peut être assimilé à un mineur impliqué dans des faits répétés de délinquance. Mais entre l’avertissement et l’incarcération, la République doit retrouver une gamme crédible de réponses.

C’est pourquoi Nouvel essor français défend des internats à discipline stricte, inspirés du cadre militaire, avec un encadrement gradué.

Pour les jeunes au potentiel engourdi par leur milieu, ils permettraient leur plein épanouissement à travers les internats d’excellence qu’il convient de développer.

Pour les jeunes en grande difficulté scolaire et les décrocheurs, ils offriraient, à l’image des centres EPIDe actuels, stabilité, effectifs réduits, horaires structurés, sport quotidien et soutien pédagogique à travers trois modules : remise à niveau général (lire-écrire-compter), découverte de métiers qui recrutent, puis mise en formation professionnelle.

Pour les mineurs sous-main de justice, il convient de rétablir les jeunes en équipe de travail (JET) comme peine alternative à la prison, soit des travaux d’intérêt général (TIG) encadrés par des militaires au profit de communes partenaires avec également les trois modules susmentionnés. Un bataillon et ses 200 militaires d’active, de réserve ou retraités peut ainsi encadrer jusqu’à 800 jeunes pour un coût nettement moindre que la prison ou les centres éducatifs fermés avec des résultats bien meilleurs si l’on se fie au précédent des JET en vigueur de 1986 à 2003.

Protéger un enfant, c’est aussi savoir l’arrêter. Parallèlement à cette réponse graduée, Nouvel essor français propose des peines courtes d’incarcération à exécution immédiate dans des centres spécifiques en cas de refus d’obtempérer aux personnes investies de l’autorité publique.

Hamza ne doit être ni livré à la vindicte publique ni transformé en héros de la transgression. La question n’est pas de savoir s’il faut l’aimer ou le détester, mais de déterminer quel adulte et quelle institution seront enfin capables de lui dire « ça suffit ! »

À 14 ans, rien n’est définitivement joué. Mais chaque provocation célébrée renforce le personnage qu’il s’est construit ; chaque intervention sans conséquence visible nourrit son sentiment d’impunité ; chaque adulte qui filme ou minimise participe à son enfermement.

Une société qui protège ses enfants ne les abandonne ni à la rue ni aux algorithmes. Elle fixe des limites, impose des devoirs et offre une voie de reconstruction.

Le cas de Hamza révèle la fragilisation de l’autorité parentale, scolaire, policière, judiciaire et politique. Il est encore temps de réparer cette chaîne, à condition de cesser de confondre l’excuse avec la compréhension, l’inaction avec la bienveillance et l’impunité avec la protection de l’enfance.

Olivia Betoe Schwerdorffer est avocate, enseignante, docteure en droit et membre du conseil d’administration de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 20 juillet 2026 : Quand la provocation d’un adolescent révèle l’effritement des cadres de l’autorité.