La France, 3e puissance mondiale en 2045 ?

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Comment la France peut (re)devenir la 3e puissance mondiale en lâchant la bride sur le cou de ses PME

« Les Entrepreneurs » (ex-CPME), deuxième organisation patronale de France, a marqué un tournant historique en organisant, ce 25 juin 2026 au Parc des Princes, la première édition de sa « Grande Assemblée des Entrepreneurs ». Pour son Président, Amir Reza-Tofighi, cet événement était l’occasion d’annoncer le nouveau nom de la confédération, mais surtout de placer l’entrepreneur au cœur du débat public, à l’aube de l’élection présidentielle de 2027. L’enjeu est de taille : nos PME, véritables moteurs de l’économie française et figures du capitalisme à visage humain, étouffent sous le poids des contraintes. Et avec elles, c’est le pays tout entier qui s’enfonce dans le déclin.

Les PME : le réacteur économique asphyxié de la France

Avec 70 % du PIB national et 70 % des emplois du secteur privé, les PME au sens générique — les entreprises de moins de 5 000 salariés — représentent le socle même de notre prospérité. Pourtant, ce réacteur, aussi puissant soit-il, tourne aujourd’hui au ralenti. La France, malgré un nombre de grands groupes comparable à celui de l’Allemagne, compte trois fois moins de grosses PME exportatrices (entreprises de taille intermédiaire ou ETI) qu’outre-Rhin, et deux fois moins qu’en Italie. C’est ce déséquilibre qui explique en grande partie notre déficit commercial abyssal.

Pourquoi un tel décrochage ? Parce que nos fleurons du CAC 40 délocalisent massivement leur activité. Entre 70 % et 90 % de leur chiffre d’affaires étant désormais réalisé hors de France, leurs recrutements se font là où leurs marchés se développent — aux États-Unis, en Asie ou en Europe de l’Est — et non sur notre territoire. Si ce phénomène n’est pas propre aux multinationales françaises, il est amplifié en France au regard des excès de normes et de prélèvements obligatoires qui pèsent sur nos entreprises.

Des PME françaises étranglées par les normes et les prélèvements

Nos PME subissent de plein fouet un handicap structurel, qui se manifeste à travers plusieurs facteurs.

Premièrement, les prélèvements obligatoires écrasent leur compétitivité. Une étude menée par le cabinet KPMG en 2019, intitulée « Impacts de la réglementation fiscale et sociale sur la performance des entreprises », offre une comparaison édifiante. Pour une entreprise de services numériques réalisant 34 millions d’euros de chiffre d’affaires, le résultat net après impôt s’élève à 5 millions d’euros aux Pays-Bas, 4,4 millions en Allemagne, 3 millions en Italie… et seulement 1 million en France.

Deuxièmement, le maquis des aides publiques, loin de simplifier la vie des entrepreneurs, l’alourdit. Avec 2 300 dispositifs pour un total de 100 milliards d’euros environ d’aides directes (hors prêts), on pourrait croire que les PME sont gâtées. Pourtant, 70 % de ces aides profitent aux grands groupes, capables de naviguer dans ce labyrinthe administratif avec leurs services juridiques et financiers. Les PME, elles, n’ont ni les moyens ni les compétences pour en bénéficier pleinement. Pire, les taux nominaux élevés et cette complexité dissuadent les investisseurs, français comme étrangers, de créer ou d’investir en France, faute de pouvoir fiabiliser leurs business plans sans recourir à des cabinets de conseil onéreux.

Corollaire, la compétitivité française continue de se dégrader. Selon une étude Rexecode publiée en février 2025, la part de la France dans les exportations de biens et services de la zone euro stagne à 13 %, soit un point de moins qu’avant la crise de la Covid-19. Certes, les politiques menées depuis 2017 — baisse de l’impôt sur les sociétés, allégements de cotisations sociales, réduction des impôts de production — ont permis d’améliorer la compétitivité-coût. Mais la France reste pénalisée par des prélèvements sur la production encore trop élevés et une compétitivité hors-prix insuffisante, faute de marges importantes pour investir et innover.

Paradoxe : malgré ces handicaps, la France reste la 7ᵉ puissance économique mondiale. Preuve que le potentiel est bien là. En libérant nos PME, nous pourrions déclencher un sursaut historique.

Les graines du sursaut : patriotisme et esprit entrepreneurial

Dans ce paysage morose, deux leviers inattendus émergent, porteurs d’espoir. Le premier est le retour en force du patriotisme, y compris dans les milieux économiques acquis de longue date à une mondialisation sous toutes ses formes. Longtemps tabou, le mot « souveraineté » est désormais sur toutes les lèvres. Dès mars 2020, soit avant même la crise sanitaire, le MEDEF organisait un colloque intitulé « Souveraineté & compétitivité des entreprises : plus de temps à perdre ! », marquant un tournant dans la prise de conscience collective. Les consommateurs, eux aussi, ont pris le virage. Selon plusieurs enquêtes d’opinion, notamment celles réalisées par OpinionWay, 80 à 90 % des Français déclarent privilégier un produit fabriqué en France lorsque le prix reste raisonnable, et une majorité se dit même prête à payer un supplément de 5 à 15 % pour un produit estampillé « made in France ». Résultat : les entreprises n’hésitent plus à afficher fièrement leurs couleurs nationales sur leurs emballages, au point même d’engendrer de nombreuses dérives qualifiées de « blanchiment français » ou « French washing ».

Le deuxième levier est l’explosion de l’entrepreneuriat. Alors que le nombre de créations d’entreprises oscillait entre 200 000 et 300 000 par an dans les années 1980-2000, la courbe s’est envolée après 2010 avec l’arrivée de l’auto-entrepreneuriat, puis a littéralement explosé après 2020, avec plus d’un million de créations par an (+ 50 % entre 2019 et 2021). Un niveau historique alors que les Français étaient autrefois considérés comme réticents à l’entrepreneuriat, n’ayant pas « la bosse du commerce » tels les anglo-saxons, préférant la sécurité du fonctionnariat. Le terreau n’a jamais été aussi fertile.

Libérer les forces productives : des mesures fortes et urgentes

Pour que ce potentiel porte ses fruits, il faut agir sans délai et oser des réformes ambitieuses.

Premièrement, il est impératif de supprimer les 2 300 aides publiques aux entreprises et réduire les prélèvements obligatoires à due concurrence, pour rapprocher la France des standards de l’Union européenne et de l’OCDE. Les entrepreneurs ne demandent pas le paradis fiscal. Ils demandent simplement qu’on leur impose les mêmes contraintes que leurs concurrents européens, dans un système stable et lisible.

Deuxièmement, il faut mettre fin aux surtranspositions européennes. La France a la fâcheuse habitude d’ajouter des contraintes supplémentaires aux directives. Ce phénomène, reconnu par le gouvernement lui-même, alourdit inutilement le fardeau des entreprises françaises. C’est une mesure de bon sens, déjà évoquée dans la circulaire du Premier ministre du 26 juillet 2017 et la loi ESSOC du 10 août 2018, mais qui peine à se concrétiser. Le code du travail en est l’exemple le plus frappant : si complexe que jusqu’à 60 % des fiches de paie comportent au moins une erreur sur les douze derniers mois. La solution ? Ramener le droit français sur les standards européens, puis laisser les branches professionnelles adapter les règles par secteur d’activité.

Troisièmement, la France doit investir massivement dans la recherche, notamment la recherche fondamentale où l’Etat a un rôle clé à jouer car seuls quelques grands groupes ont les moyens de « chercher pour chercher ». Les pays les plus dynamiques dans la durée — États-Unis, Allemagne, Corée du Sud — y consacrent globalement entre 3 % et 5 % de leur PIB. La France, elle, se contente de 2,2 %. Pourtant, nous disposons d’un atout majeur : notre base industrielle et technologique de défense (BITD), non délocalisable et extrêmement performante. 1 euro investi dans ce secteur rapporte entre 1,3 et 1,9 euro à moyen-long terme. 90 % de ces entreprises étant duales (civil et militaire à l’image du groupe Dassault), leurs innovations de rupture irriguent naturellement le secteur privé, comme aux États-Unis. Et dans le contexte budgétaire actuel où il faut à la fois réarmer et rétablir les comptes publics, financer notre armée, c’est donc aussi financer notre hôpital et notre École.

Enfin, il est crucial d’orienter davantage la commande publique vers les entreprises françaises, et en particulier vers nos PME. Aujourd’hui, on estime que seulement 50 % de nos achats publics sont attribués à des entreprises nationales, contre 70 % en Italie et en Allemagne, pourtant soumises aux mêmes règles de l’Union européenne et de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Pour y remédier, il faut former nos acheteurs publics à ne pas se contenter du critère prix, mais à prendre en compte la qualité, l’impact local et la durabilité. Il faut aussi accompagner davantage nos PME, surtout lorsque le montant du marché impose publicité et mise en concurrence.

L’audace ou le déclin

Aucune fatalité ne condamne la France au déclin. La puissance et la prospérité sont avant tout une question de volonté, et non la simple addition de la superficie d’un territoire et du volume d’une population. Sinon, la France serait depuis des décennies derrière l’Indonésie, le Brésil, la Russie ou l’Inde et Israël, 10 millions d’habitants sur un territoire inférieur à nos Pays de la Loire, ne serait pas un des dix pays les plus influents au monde. Avec ces mesures fortes et une détermination sans faille, notre pays peut non seulement (re)devenir la nation la plus puissante et prospère d’Europe en doublant l’Allemagne, mais aussi se hisser sur le podium mondial, à la troisième place.

« Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée » (Danton, 1792).

Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 29 juin 2026 : Comment la France peut (re)devenir la 3e puissance mondiale en lâchant la bride sur le cou de ses PME | Atlantico.fr.