
Le Pacte européen sur la migration et l’asile ou comment passer de l’hôtesse d’accueil au videur à l’entrée de la discothèque
Lorsque le Pacte européen sur la migration et l’asile est entré en vigueur le 12 juin 2026, après son adoption en 2024 par le Parlement et le Conseil européen, beaucoup y ont vu l’espoir d’une réponse forte et coordonnée à la crise migratoire que traverse l’Europe depuis des années. Pourtant, ce texte, aussi ambitieux soit-il sur le papier, ne semble pas à la hauteur des enjeux. Pire, il laisse persister des failles structurelles qui, loin de résoudre la question migratoire, l’aggravent en donnant l’illusion d’une maîtrise des flux.
L’Europe, confrontée à une pression sans précédent, avait besoin d’un choc de fermeté et de cohérence. À la place, elle s’est dotée d’un dispositif trop timide, trop complexe et trop dépendant de la bonne volonté des États membres. Alors que les traversées irrégulières se poursuivent, que les réseaux de passeurs prospèrent et que les centres d’accueil saturent, une double question s’impose : pourquoi ce Pacte, censé marquer un tournant, échouera-t-il à endiguer le phénomène ? Quelles mesures permettraient de gérer efficacement les flux dans l’intérêt des États membres et des migrants eux-mêmes ?
Un filtrage aux frontières toujours trop permissif
Le Pacte instaure un filtrage obligatoire pour les demandeurs d’asile arrivés irrégulièrement aux frontières extérieures de l’Union européenne. Sur le papier, la mesure est louable : chaque personne doit être enregistrée, identifiée, et soumise à des contrôles de sécurité et de santé avant toute entrée sur le territoire. Pourtant, dans les faits, ce système repose sur une application inégale et souvent laxiste.
Les États membres en première ligne face aux arrivées, comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie, ne mettent pas toujours en œuvre ces contrôles avec la rigueur nécessaire. Résultat, des milliers de migrants continuent de pénétrer illégalement en Europe, sans que les procédures de filtrage ne soient systématiquement appliquées. Les centres de tri, censés accélérer l’examen des demandes, ne permettent pas une expulsion suffisamment rapide des personnes non éligibles à l’asile. Pire, les demandeurs peuvent toujours accéder au territoire européen pendant l’instruction de leur dossier, ce qui, loin de dissuader les traversées, les encourage.
Cette situation est d’autant plus inacceptable que les passeurs exploitent ces failles pour continuer à organiser des traversées dangereuses, en promettant aux migrants un accès facilité à l’Europe. Tant que les frontières ne seront pas hermétiquement contrôlées, avec des sanctions immédiates et dissuasives pour les entrées irrégulières, le problème persistera.
Des expulsions trop lentes et inefficaces
L’un des échecs les plus flagrants de l’Union européenne (UE) réside dans l’exécution des décisions d’expulsion des déboutés du droit d’asile. Les chiffres sont accablants : seulement 20 % d’entre elles sont effectivement exécutées. Les autres, soit disparaissent dans la nature, soit engagent des recours interminables pour retarder leur renvoi.
Les raisons de cette inefficacité sont multiples : recours juridiques systématiques, manque de moyens logistiques pour organiser les retours, et, surtout, absence de coopération avec les pays d’origine qui refusent souvent de reprendre leurs ressortissants. Sans expulsions effectives et rapides, le système perd toute crédibilité. Les migrants savent qu’ils ont peu de risques d’être effectivement renvoyés, ce qui annule tout effet dissuasif.
Un mécanisme de solidarité qui favorise… le chacun pour soi
Le Pacte instaure un mécanisme de solidarité entre États membres permettant à chacun de choisir entre plusieurs options : accueillir des demandeurs d’asile, financer des relocalisations dans un autre État, payer pour des expulsions, ou encore financer des projets dans des pays tiers pour dissuader les départs. Sur le papier, l’idée est séduisante. Dans les faits, ce système est une usine à gaz qui ne résout rien.
En effet, les États peuvent opter pour la solution la moins contraignante, à savoir le financement de projets dans des pays tiers, sans avoir à accueillir le moindre demandeur d’asile. Résultat : les pays de première arrivée continueront à supporter seuls le poids de la crise migratoire. Pire, ce mécanisme n’incite pas à une véritable coopération européenne, mais plutôt à une logique de déchargement où chacun cherche à minimiser ses efforts.
La solidarité, pour être efficace, doit être obligatoire et contraignante. Tant que les États pourront choisir la facilité plutôt que l’engagement, le système restera inefficace et injuste.
Une externalisation de la gestion migratoire insuffisante
Le Pacte encourage le financement de projets dans des pays tiers pour dissuader les départs. Là encore, la mesure est trop timide pour être efficace. Les accords passés avec des pays comme la Tunisie ou la Libye sont trop limités, trop peu contraignants, et, surtout, trop dépendants de la bonne volonté de régimes souvent instables ou corrompus.
Le risque d’un « appel d’air »
Enfin, le Pacte renforce les droits des demandeurs d’asile avec des garanties juridiques et un accès à des procédures. Si cette approche peut sembler humaniste, elle comporte un risque majeur : créer un effet d’appel. En offrant des protections accrues, l’Europe incite davantage de personnes à tenter la traversée, en espérant bénéficier de ces droits.
Or, dans un contexte où les capacités d’accueil sont déjà saturées, où les systèmes sociaux sont de plus en plus sursollicités, et où les tensions sociales s’accroissent, une telle politique est irresponsable. Elle alimente les réseaux de passeurs, qui n’hésitent pas à exploiter ces garanties pour convaincre les migrants de partir.
Revoir la politique migratoire dans son ensemble par une approche globale la plus en amont possible
Il est temps de repenser cette approche. Plutôt que d’offrir des droits toujours plus larges, il faudrait conditionner l’accès à l’asile à des critères stricts et, surtout, sanctionner durablement les entrées irrégulières pour dissuader les candidats au départ.
Face aux limites criantes du Pacte, il est urgent de repenser la politique migratoire européenne dans son ensemble. L’objectif doit être clair : décourager l’immigration illégale le plus en amont possible tout en favorisant une immigration légale de travail adaptée aux besoins économiques des pays membres.
Payer des influenceurs pour dissuader l’immigration illégale
En Afrique, de nombreux jeunes se lancent dans des traversées dangereuses en raison d’une mauvaise information sur les réalités de l’Europe. Les réseaux sociaux regorgent de fausses promesses, tandis que les dangers des traversées sont souvent minimisés.
Pour y remédier, il faudrait mobiliser des influenceurs locaux pour diffuser sur les réseaux sociaux des images crues et réalistes sur les risques de l’immigration illégale : naufrages, conditions de vie précaires, expulsions, etc. Ces campagnes devraient également orienter les demandeurs vers une immigration légale en les informant sur les voies officielles et les conditions pour venir en Europe, notamment en France (exiger par exemple un niveau B2 en français, la signature d’une charte opposable de respect des valeurs et principes de la République, ainsi que le versement d’un caution de 5 000 € à 10 000 € à l’administration française…plutôt qu’à un passeur).
Une telle approche, peu coûteuse mais extrêmement efficace, permettrait de casser les illusions et de réorienter les flux vers des voies légales et donc contrôlées.
Réformer l’immigration légale : privilégier l’immigration de travail
Aujourd’hui, seulement 17 % de l’immigration légale en France concerne le travail. Pourtant, notre pays a besoin de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs : BTP, santé, agriculture, technologies, etc. Il est donc absurde de continuer à accorder des visas étudiants ou de regroupement familial en masse, alors que ces flux ne répondent pas aux besoins économiques du pays.
Il faudrait inverser la tendance en privilégiant une immigration de travail par quota, sous le contrôle de France compétences au regard des besoins des différents secteurs de l’économie française.
Une telle réforme permettrait de maîtriser les flux, de répondre aux besoins des entreprises, et de limiter l’immigration non contrôlée synonyme de drames humanitaires et de casse sociale.
Déployer la marine militaire pour intercepter les embarcations
Les passeurs prospèrent grâce à l’absence de contrôle efficace en Méditerranée et en Atlantique. Pour y mettre fin, il faudrait déployer la marine militaire française, éventuellement épaulée par les marines italienne, espagnole et grecque en limite des eaux territoriales du Maghreb et du Machrek.
Cette force pourrait intercepter les embarcations, conformément au droit maritime international, et placer les migrants en lieux sûrs dans des centres hors UE (par exemple en Tunisie actuellement submergée par les migrants subsahariens) pour un traitement administratif. Une telle mesure aurait le double avantage de casser le modèle économique des passeurs, en supprimant leur « produit » (les migrants), et de dissuader les candidats au départ en leur montrant que les traversées sont non seulement dangereuses (cf. les messages des influenceurs), mais aussi vaines.
Supprimer les aides publiques aux associations pro-immigration illégale
Certaines associations et fondations, souvent subventionnées par des fonds publics, aident les migrants en situation irrégulière à rester sur le territoire en leur fournissant un soutien juridique, logistique ou financier. Ces organisations sapent les efforts de l’État en matière de lutte contre l’immigration illégale. La France n’est pas un terrain vague, c’est un état de droit et la copropriété de 67 millions de citoyens qui doivent pouvoir choisir qui y rentre et qui s’y installe temporairement ou définitivement.
Sanctionner durablement les migrants en situation irrégulière
Aujourd’hui, les migrants qui tentent un passage illégal aux frontières françaises ou européennes ne subissent aucune conséquence durable. Pour créer un effet dissuasif fort, il faudrait prendre systématiquement les données biométriques de tous les migrants interceptés et leur interdire à vie d’obtenir un visa, comme pour toute personne ayant tenté une entrée illégale, à l’image de l’Australie. Une telle mesure rendrait impossible toute régularisation future, et dissuaderait ainsi de nombreux candidats à l’immigration irrégulière.
Pour politique migratoire à la hauteur des défis !
Le Pacte européen sur la migration et l’asile marque une avancée, mais il reste bien insuffisant face à l’ampleur des défis. Trop permissif aux frontières, trop lent dans les expulsions, trop flexible dans la solidarité, il ne permet pas de maîtriser les flux migratoires ni de dissuader efficacement les traversées illégales.
Pourtant, des solutions existent à la condition d’avoir une approche globale la plus en amont possible avec un seul mot d’ordre : il ne faut pas qu’ils rentrent sans un accord préalable ! Communiquer via les réseaux sociaux dans les pays de départ, déployer les marines militaires tout en coupant les financements des associations pro-immigration illégale, sanctionner durablement ceux qui ont tenté leur chance de manière irrégulière, voilà un cocktail efficace pour endiguer et réorienter les flux.
L’objectif est clair : décourager l’immigration illégale tout en favorisant une immigration légale de travail, maîtrisée, utile et intégrée. En attendant un hypothétique nouveau pacte européen plus efficace, la France ne doit pas attendre pour mettre en place ces mesures fortes et de bon sens, idéalement avec quelques éventuels autres partenaires européens en mode intergouvernemental, soit en mode projet comme l’essentiel de ce qui a fonctionné jusqu’à présent en Europe (aéronautique, spatial, armement).
Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.
Lien vers l’article sur le site du journal en date du 22 juin 2026 : Le Pacte européen sur la migration et l’asile ou comment passer de l’hôtesse d’accueil au videur à l’entrée de la discothèque | Atlantico.fr.
