Natacha Polony, le retour d’une candidature gaullienne ?

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Et si Natacha Polony incarnait en 2027 le retour d’une candidature authentiquement gaullienne ?

En 2002, Jean-Pierre Chevènement avait tenté de dépasser le clivage droite-gauche au nom de la République et de la souveraineté nationale. Vingt-cinq ans plus tard, dans une France confrontée à une crise politique, financière et institutionnelle sans précédent depuis 1958, Natacha Polony pourrait-elle incarner pour une majorité de Français une alternative authentiquement gaullienne ?

En 2002, Jean-Pierre Chevènement voulait « faire turbuler » un système droite-gauche encore solidement établi

En 2002, Jean-Pierre Chevènement s’était lancé dans la bataille présidentielle avec l’ambition de « faire turbuler » le système politique. Sa candidature avait interpellé dans les états-majors des deux grandes familles politiques qui se partageaient alors le pouvoir. Le fondateur du Mouvement des citoyens entendait dépasser le clivage droite-gauche au nom d’une certaine idée de la République, de la souveraineté nationale et de la cohésion sociale. Cette démarche ambitionnait de dépasser les clivages partisans pour construire un rassemblement plus large visant à renouer avec une conception exigeante de l’État, de la nation et de l’intérêt général.

Après avoir suscité un véritable engouement, allant jusqu’à 14 % des intentions de vote dans les sondages, notamment dans les milieux intellectuels, auprès d’électeurs de gauche déçus par Lionel Jospin et de gaullistes attachés à la souveraineté nationale, Chevènement recueillit finalement 5,33 % des suffrages exprimés. Son échec révélait que le système qu’il entendait bousculer disposait encore de solides bases. La droite et la gauche possédaient alors des partis puissants, des réseaux d’élus enracinés, des fidélités électorales durables et une capacité éprouvée à produire des majorités parlementaires.  Chevènement avait tenté une percée dans un édifice qui, malgré ses premières fissures, tenait encore debout.

La France de 2027 diffèrera profondément de celle de 2002

Vingt-cinq ans plus tard, le paradoxe est saisissant : des idées qui apparaissaient minoritaires dans un système encore stable pourraient retrouver une centralité au moment où ce même système semble avoir perdu sa capacité à gouverner. Car la France de 2027 sera profondément différente de celle de 2002. Les grandes formations qui organisaient l’alternance ont perdu leur domination. Le clivage droite-gauche ne structure plus à lui seul la compétition électorale. La tripartition de l’Assemblée nationale a transformé la vie parlementaire en guerre de positions permanente dans laquelle trois blocs antagonistes – LFI, le bloc central macroniste et le RN – s’affrontent sans qu’aucun puisse durablement imposer sa volonté.

À cette fragmentation politique s’ajoute une situation financière particulièrement préoccupante. L’accumulation des déficits et le creusement de la dette ont considérablement réduit les marges de manœuvre de l’État. Le financement du modèle social, auquel les Français demeurent profondément attachés, apparaît de plus en plus difficile à garantir sans un assainissement de nos finances publiques et un rétablissement durable de la croissance qui passera par une relance de la production, notamment industrielle.

Rien ne garantit dans ces conditions que l’élection présidentielle de 2027 permettra une sortie de crise. Un(e) candidat(e)  peut parfaitement remporter l’Élysée sans disposer, dans la foulée, d’une majorité parlementaire cohérente. En 2002, il s’agissait de contester un système qui fonctionnait encore. En 2027, il pourrait s’agir de reconstruire un système qui ne fonctionne plus. Et cette différence change tout.

En 2027, une majorité de Français pourrait vouloir échapper à la tenaille Mélenchon-Le Pen sans reconduire le bloc central macroniste au bilan désastreux

Le débat public tend actuellement à enfermer les Français dans une alternative aussi réductrice qu’étouffante : choisir leur camp entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. D’un côté, LFI qui, pour capter une partie du vote des banlieues, de la jeunesse déclassée et des bobos des centre-ville, fait de la confrontation permanente le principal ressort de sa stratégie. De l’autre, le Rassemblement national qui capitalise sur les inquiétudes identitaires, les difficultés sociales et le sentiment de déclassement d’une partie croissante de la population. Entre les deux, les différentes composantes du bloc central tentent de préserver leur position en se présentant comme l’ultime rempart face aux extrêmes. Mais cette construction politique pourrait avoir atteint ses limites.

Car une partie importante des Français ne veut ni de la radicalité conflictuelle de Jean-Luc Mélenchon, ni des incertitudes entourant le projet du Rassemblement national. Elle ne souhaite pas davantage reconduire les responsables politiques qui ont exercé le pouvoir depuis dix ans avec un bilan qui s’avère aujourd’hui désastreux, faisant passer la France du déclin relatif au déclin absolu, soit une forme de décadence. Cette France traverse les catégories sociales, les générations et les sensibilités politiques. Elle rassemble des électeurs issus de la gauche républicaine, de la droite gaulliste, du centre indépendant et des abstentionnistes qui ne se reconnaissent plus dans l’offre électorale actuelle. Reste à savoir si cette aspiration diffuse pourrait se transformer en majorité politique.

Au-delà de son bilan, les tentatives de recomposition du bloc central autour d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, risquent d’apparaître aux yeux de nombreux Français comme une nouvelle version de cette « tambouille politicienne » que le général de Gaulle dénonçait avec tant de vigueur sous la IVe République : des combinaisons d’appareil, des alliances de circonstance et des arrangements entre responsables politiques davantage préoccupés par la conquête ou la conservation du pouvoir que par la définition d’un véritable projet de redressement national.  

La question de 2027 pourrait donc être moins celle du choix entre ces trois blocs que celle de la possibilité de sortir de leur affrontement. Encore faudrait-il une personnalité capable de porter une véritable alternative, sans céder aux facilités du populisme ni reproduire les recettes d’un système épuisé.

Natacha Polony propose non pas une candidature de dissidence, mais une possible alternative fédératrice d’inspiration gaullienne

Si Natacha Polony n’a pas la prétention d’endosser le costume de la femme providentielle, son parcours, ses convictions et sa liberté de parole pourraient lui permettre d’occuper un espace politique aujourd’hui largement vacant. Contrairement à nombre de responsables qui prétendent incarner la rupture après avoir participé pendant des décennies à la gestion du système qu’ils dénoncent, Natacha Polony n’a jamais été élue ni exercé de responsabilités gouvernementales. Elle n’a donc pas de carrière politique à préserver ni de passif à assumer. Déjà connue du grand public, elle n’a nul besoin de courir après son quart d’heure de célébrité. Une double indépendance qui pourrait précisément constituer l’une des forces de sa démarche.

Sa cohérence intellectuelle et la continuité de ses engagements sont également notables. Depuis de nombreuses années, elle défend l’école républicaine, la transmission des savoirs, la laïcité et la souveraineté nationale. Autant de thèmes qui, sans constituer à eux seuls un programme présidentiel, dessinent les contours d’une sensibilité politique susceptible de dépasser les appartenances traditionnelles.

Car le gaullisme authentique ne saurait être réduit à la nostalgie d’une époque ou à l’invocation rituelle du nom du général. Il repose sur quelques convictions essentielles : la primauté de l’intérêt national sur les intérêts partisans, l’indépendance de la France et la nécessité de conjuguer l’autorité de l’État, le développement économique et la justice sociale. Le gaullisme n’est donc ni réductible à la droite classique ni à la gauche traditionnelle. Il est d’abord une certaine conception de la nation comme communauté de destin. Pragmatique dans ses modalités d’action et très ambitieux pour le pays, le gaullisme est en cela pérenne.

C’est cette inspiration qu’une candidature de Natacha Polony pourrait permettre de réactualiser. Non pour reproduire les réponses des années 1960, mais pour retrouver une méthode : partir des intérêts fondamentaux du pays, définir les conditions de son indépendance et rassembler les Français autour d’objectifs très élevés dépassant leurs conditions et divisions.

Une telle démarche suppose de transformer des convictions intellectuelles en un projet gouvernemental précis, notamment sur la dette, mais aussi sur la réindustrialisation, la réforme de l’État et le financement durable du modèle social. Cela suppose également de réunir une équipe disposant d’une expérience administrative, économique et parlementaire suffisante pour gouverner. Cela suppose enfin une organisation politique capable de présenter des candidats aux élections législatives pour dégager une majorité. Car le véritable enjeu de 2027 ne sera pas seulement de conquérir l’Élysée, mais aussi et surtout de redonner à la France les moyens de se gouverner et d’agir.

Redonner à la France les moyens de reprendre son destin en main

C’est sur ce point que la comparaison avec Jean-Pierre Chevènement prend tout son sens. En 2002, cette candidature apparaissait comme une dissidence face à deux grandes forces politiques encore dominantes. En 2027, une démarche comparable pourrait, au contraire, se présenter comme une tentative de rassemblement face à trois blocs dont aucun ne semble en mesure de résoudre seul les difficultés du pays. Ce qui était en 2002 une contestation minoritaire pourrait devenir en 2027 une proposition majoritaire de reconstruction nationale.  

La France n’a pas besoin d’une candidature supplémentaire destinée à enrichir une offre électorale déjà pléthorique. Elle a besoin d’une offre politique capable de réconcilier souveraineté restaurée et réalisme économique, autorité républicaine et justice sociale, enracinement national et ambition collective. Une offre qui ne demanderait pas aux Français de choisir entre la colère, la peur et la résignation. Alors qu’en 2002 Jean-Pierre Chevènement voulait « faire turbuler » un système encore solide ; en 2027, Natacha Polony pourrait contribuer à reconstruire un système devenu incapable de produire une majorité durable. Toute la différence est là.

Et si la véritable surprise de 2027 n’était pas avec Natacha Polony l’irruption d’une nouvelle candidature de rupture, mais le retour d’une ambition authentiquement nationale : assumer la puissance, rassembler les Français autour d’objectifs aussi ambitieux que fédérateurs pour redonner au pays les moyens de décider de son destin, soit la réaffirmation d’une France libre.

Stéphane Morel est ancien élève de l’ENA et Secrétaire général de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 19 octobre 2026 : Politique 2027, Natacha Polony comme alternative nationale et républicaine.