Nouvelle tribune de Patrice Huiban dans Atlantico sur la crise budgétaire en France

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Crise énergétique : la France au bord de l’asphyxie budgétaire

La flambée des prix des carburants, déclenchée par la crise iranienne, révèle une vérité brutale : la France n’a plus les moyens de protéger ses citoyens. Alors que les autres pays européens ont rétabli leurs comptes publics, l’État français, asphyxié par un déficit de plus de 5 % du PIB et une dette abyssale de 3 300 milliards d’euros, se retrouve impotent et impuissant.

Un État en quasi faillite : l’impossible protection des Français

Des aides distribuées au compte-gouttes

Face à la crise, l’État devrait amortir le choc pour les ménages et les entreprises. Pourtant, les aides sont limitées et inéquitables : pourquoi les routiers et les agriculteurs en bénéficient-ils, et pas les taxis ou les infirmiers libéraux ? La réponse est simple : l’État n’a plus de marge de manœuvre. Contrairement à des pays comme le Danemark, le Luxembourg, l’Irlande ou même Chypre et le Portugal, qui ont rétabli l’équilibre de leurs comptes, la France continue de vivre à crédit.

Une dette hors de contrôle

Avec un déficit structurel de plus de 5 % du PIB et une dette qui s’envole, la situation est comparable à celle d’un ménage qui gagnerait 3 500 € par mois et en dépenserait 5 000 €, en empruntant 1 500 € à des créanciers majoritairement en dehors de son cercle familial et amical, soit des individus qui peuvent vous envoyer un huissier à chaque instant et « taper » dans votre épargne si nécessaire. La vraie question n’est pas tant le montant de la dette, mais son évolution et qui la finance. Dans le cas de la France, elle continue à progresser et ses prêteurs sont majoritairement étrangers (fonds souverains, banques d’affaires, fonds de pension), contrairement au Japon par exemple où la dette, certes très élevée à 230 % du PIB, est détenue par quasi exclusivement par des résidents. La France est donc aujourd’hui à la merci des marchés.

Le risque d’un scénario à la grecque

Un gel des épargnes en préparation ?

La loi Sapin 2 de 2016 prévoit déjà un mécanisme de gel temporaire des placements, notamment l’assurance-vie, en cas de crise financière systémique. Un scénario qui rappelle la Grèce en 2015 où les épargnants avaient été limités à 60 € de retrait par jour, tandis que leurs comptes étaient partiellement bloqués.

Avec plus de 6 000 milliards d’euros d’épargne financière (hors immobilier), les Français détiennent largement de quoi couvrir la dette publique. En cas de perte de confiance des marchés, cette épargne pourrait ainsi devenir la variable d’ajustement d’un État en faillite.

L’Allemagne, dernier rempart avant la chute ?

Pour l’instant, l’euro et le soutien allemand protègent la France d’un effondrement immédiat. Mais si Berlin, excédée par le laisser-aller budgétaire français, décide de lâcher prise, ce seront les « petits hommes gris » de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) qui imposeront un plan de rigueur brutal, scénario déjà vécu par la Grèce, l’Espagne et le Portugal après 2008 : baisse des salaires des fonctionnaires, réduction des retraites, hausse de la TVA en sus du blocage partiel des épargnes précité.

Comment éviter le pire ? Un plan de redressement urgent

Réformer l’action publique, enfin

La solution pour éviter une casse sociale à grande échelle : réformer en profondeur l’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale en « tapant » dans le gras de la dépense publique, soit l’administration de gestion ou « back office ». Des marges de manœuvre colossale existent. Comment expliquer sinon que la France soit championne d’Europe des dépenses publiques (plus de 56 % du PIB), mais parmi les derniers de la classe dans beaucoup de politiques publiques (éducation, sécurité, justice, etc.) ?

Un exemple frappant : l’obligation pour les médecins de ville et de l’hôpital de remplir le dossier médical partagé « Mon espace santé », sous peine de déconventionnement avec l’assurance maladie, permettrait d’économiser plus de 30 milliards d’euros par an, 10 % des dépenses de soins du pays, en évitant les prescriptions et actes médicaux inutiles, mais aussi des drames sanitaires et des données de santé massivement livrées à Amazon, Google et Microsoft.

Le courage politique, une denrée rare

Mais pour prendre ce type de mesure, il faut non seulement travailler en profondeur ses dossiers avant d’arriver au pouvoir, mais il faut aussi et surtout avoir le courage d’affronter des lobbys puissants qui font souvent « la laine sur le dos » des Français, soit être fort avec les forts et bienveillant envers les faibles, ce qui est le propre d’un homme d’État qui pense à la prochaine génération et non d’un politicien qui pense à la prochaine élection…

Conclusion : l’urgence d’agir

La crise énergétique n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sans un choc de sobriété budgétaire, la France risque de perdre sa souveraineté financière et de subir un plan d’austérité imposé de l’extérieur. Le temps presse. Les partis politiques ont moins d’un an pour proposer un plan crédible en vue de 2027. Nouvel essor français, qui travaille depuis plusieurs années à un projet pour la France qui se veut le plus puissant depuis 1958, est à leur disposition. Sinon, ce sont les créanciers internationaux qui dicteront les règles et les Français en paieront le prix fort.

Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 6 avril 2026 : Crise énergétique : la France au bord de l’asphyxie budgétaire | Atlantico.fr.