
Travail le 1er mai : à quand une vraie politique économique et la fin des bricolages de printemps ?
Le projet de loi présenté au conseil des ministres le 29 avril 2026, visant à autoriser le travail des salariés volontaires dans les boulangeries-pâtisseries artisanales et les fleuristes le 1er mai, a suscité l’indignation des syndicats. Sous la menace d’une mobilisation sociale massive, le texte a finalement été reporté d’un an.
Un vaudeville gouvernemental
L’affaire aurait pu en rester là. Pourtant, le gouvernement a choisi d’accorder une tolérance administrative exceptionnelle pour cette année, autorisant les commerces concernés à ouvrir à condition que les salariés soient volontaires, payés double, et qu’un accord écrit soit signé avec l’employeur. Pour une mesure très limitée, prise sur une journée hautement symbolique, l’État encourage ainsi l’illégalité, ce qui est pour le moins paradoxal. Et la cacophonie ne s’arrête pas là : au sein même de l’exécutif, les ministres Gérald Darmanin et Roland Lescure s’opposent à cette décision.
Résultat : un imbroglio total. Le Premier ministre a même dû appeler un boulanger isérois, contrôlé par l’inspection du travail le 1er mai 2026 pour avoir ouvert son commerce et fait travailler ses salariés ce jour-là, afin de lui éviter une verbalisation. Un comble.
Pour une vraie politique en faveur des PME, moteur de notre économie
Bien loin de ces tergiversations, la clé d’un véritable sursaut économique national réside dans une politique ambitieuse en faveur de nos entreprises de moins de 5 000 salariés, les PME au sens large qui emploient 70 % des actifs du privé et représentent 70 % de notre PIB. C’est là que se trouvent les véritables gisements d’emplois et de pouvoir d’achat.
En effet, la France compte autant de grands groupes que l’Allemagne, mais trois fois moins de grandes PME exportatrices (les ETI) et deux fois moins que l’Italie, pays qui affichent de solides excédents commerciaux, alors que la France a le déficit commercial le plus important de la zone euro.
Des PME françaises étouffées
Contrairement à nos grands groupes, relativement florissants car réalisant l’essentiel de leur croissance à l’étranger, optimisant leur fiscalité via leurs filiales hors de nos frontières et captant 70 % des aides publiques grâce à leurs services juridiques et administratifs performants, nos PME étouffent sous le poids des contraintes.
Il y a d’abord le niveau record des prélèvements obligatoires sur les entreprises en France, comparativement aux moyennes de l’UE et de l’OCDE. Aides publiques déduites, ce sont ainsi 20 % de la valeur ajoutée qui sont prélevés par la puissance publique, contre environ 15 % en moyenne dans la zone euro et l’OCDE. Si en contrepartie nous bénéficions des meilleurs services publics, on pourrait considérer que ce surcoût est compensé par des services non marchands de qualité participant à la compétitivité globale de nos entreprises et du pays. Or, la réalité est tout autre : la France se situe au bas du classement des pays développés dans de nombreux domaines (éducation, sécurité, justice, etc.).
Autre facteur handicapant : notre protection sociale repose encore à 50 % sur les entreprises. Résultat, sur 100 € versés par l’employeur, il ne reste que 50 € nets pour le salarié, contre environ 70 € dans la plupart des pays de l’UE et de l’OCDE. Ce coût du travail exorbitant freine la croissance de nos entreprises, l’embauche et l’augmentation du pouvoir d’achat. Les employeurs en sont réduits à utiliser massivement les primes, en grande partie désocialisées et défiscalisées, plutôt qu’à augmenter les rémunérations, enfermant ainsi les actifs du secteur privé dans une trappe à bas salaires.
Le poids des normes est également régulièrement pointé du doigt. Selon la Banque mondiale en 2025 (étude annuelle Doing Business), nos PME consacrent en moyenne 4 à 6 % de leur chiffre d’affaires à la conformité réglementaire (normes environnementales, sociales, fiscales, etc.), contre 2 à 3 % en Allemagne et 1 à 2 % aux États-Unis. Pour les TPE, ce coût peut même atteindre 10 % en raison d’un manque de ressources internes pour gérer cette complexité. À l’heure où nous devons réindustrialiser, l’obtention d’un permis de construire nécessite 150 jours en moyenne en France, contre 50 en Allemagne et 30 aux Pays-Bas. Selon une étude de l’INSEE de 2025, les PME françaises passent 20 % de leur temps à des tâches administratives, contre 10 % en Allemagne. Sans surprise, 60 % des PME françaises estiment que la complexité réglementaire constitue un frein majeur à leur développement, contre 30 % en Allemagne et 20 % aux Pays-Bas.
Les TPE et PME françaises souffrent par ailleurs de difficultés accrues pour accéder au crédit, comparées à leurs homologues allemandes ou italiennes, en raison d’un système bancaire plus prudent, d’un marché du capital-risque moins développé et, plus globalement, d’un accès plus difficile aux fonds alternatifs (private credit, private equity, family offices, etc.).
Enfin, nos PME sont moins favorisées par la commande publique. Environ 55 % de nos marchés sont attribués à des entreprises françaises, contre 70 % en Allemagne et en Italie, pays pourtant soumis aux mêmes règles européennes et internationales.
La liste des obstacles placés sur le chemin de nos entreprises est encore longue… Pourtant, des mesures fortes permettraient de relancer de façon spectaculaire notre économie en libérant le potentiel de nos chevaux de course, les PME.
Supprimons les 100 milliards d’aides publiques directes et baissons d’autant les taux nominaux des prélèvements obligatoires
Aujourd’hui, 70 % des 2 300 aides publiques directes aux entreprises, environ 100 milliards d’euros, sont captées par les grands groupes qui disposent des compétences juridiques et administratives nécessaires pour remplir les fameux formulaires CERFA. Pourtant, ce sont surtout les marchés étrangers qui tirent la croissance de ces grands groupes qui peuvent par ailleurs optimiser leur fiscalité via leurs filiales à l’étranger.
Supprimer ces aides directes (baisses de charges sur les bas salaires, aides géographiques, crédit impôt recherche, etc.) et les remplacer par une baisse à l’euro près des taux des impôts, taxes et cotisations permettrait de donner un coup de fouet immédiat à l’économie française via nos PME. Ces dernières, incarnation d’un capitalisme à visage humain qui emploie dans nos territoires, verraient leurs taux de prélèvements obligatoires se rapprocher des moyennes européennes et OCDE. Cerise sur le gâteau : l’État, qui gère aujourd’hui 90 % de ces aides publiques, économiserait plusieurs milliards d’euros de frais de gestion. Alors, qu’attend-on, le MEDEF lui-même étant d’accord pour effectuer ce « Big Bang » ? N’oublions pas qu’en système capitaliste, les aides publiques doivent rester l’exception et non la règle. Plutôt que de baisser les taux, nous avons mité les assiettes fiscales et sociales, trouées de toutes parts !
Finançons davantage notre protection sociale par tous les revenus du pays et moins par le travail
Cette suppression des aides publiques directes, dont une bonne part relève des baisses de charges sur les bas salaires, doit être couplée à une refonte du financement de notre protection sociale qui repose encore à 50 % sur les entreprises, contre 30 à 35 % en moyenne dans l’UE et l’OCDE.
À titre d’exemple, basculer sur la contribution sociale généralisée (CSG), qui touche tous les revenus hors minima sociaux, tout ou partie des plus de 450 € de charges, essentiellement salariales, qui pèsent encore sur un SMIC permettrait d’augmenter le salaire net jusqu’à 300 € ! Dans la plupart des pays développés, la protection sociale est en effet financée par une assiette beaucoup plus large que le travail, suivant ainsi l’adage du bon impôt : assiette large et taux faible…
Alignons nos excès de zèle normatifs sur les standards européens et laissons les partenaires sociaux négocier par branche
Une autre mesure majeure consisterait à aligner l’ensemble de nos normes les plus contraignantes sur les standards européens, y compris notre code du travail renvoyé au droit du travail européen. Les partenaires sociaux seraient ensuite chargés d’adapter les règles en fonction de chaque secteur d’activité, par branche, comme dans les pays les plus dynamiques d’Europe : Pays-Bas, Danemark, Suisse, etc.
Notre code du travail est devenu si complexe qu’on estime aujourd’hui que deux tiers des fiches de paie comportent au moins une erreur au cours des douze derniers mois. Même les experts-comptables et les services RH les plus aguerris s’arrachent les cheveux !
Dans un monde devenu si complexe et qui évolue si rapidement, il faut recentrer l’État sur la stratégie, c’est-à-dire fixer des grands objectifs ambitieux pour le pays à l’horizon 2045, puis laisser aux forces vives sectorielles (partenaires sociaux) et locales (élus, préfets, entreprises) le soin de définir le « comment » atteindre ces objectifs déclinés localement.
Faisons de Bpifrance le guichet unique des financements alternatifs pour nos PME
Des fonds existent en France et se développent. Problème : c’est un véritable maquis. En dehors de leur banque traditionnelle, nos PME ne connaissent pas ou peu ces financements alternatifs. Il faudrait faire de Bpifrance leur interlocuteur unique afin de les conseiller et les orienter via une cartographie à jour des fonds disponibles en fonction des secteurs d’activité et des types d’investissements envisagés.
Réorientons nos achats publics vers nos entreprises nationales et locales
Enfin, il est impératif que l’appareil public cesse d’adopter une vision court-termiste et purement comptable de la commande publique en privilégiant systématiquement le « moins-disant » plutôt que le « mieux-disant » pour le territoire et le pays. À qualité ou prestation équivalente, un écart de 10 à 15 % est rapidement compensé par une redistribution des ressources dans l’économie locale et nationale selon une logique keynésienne : surcroît de revenus, donc d’emplois et de pouvoir d’achat, sans compter l’impact environnemental favorable d’une production de proximité. Passer de 55 % à 70 % d’entreprises françaises lauréates des marchés publics, soit la moyenne européenne, signifierait un surcroît de chiffre d’affaires de 20 à 30 milliards d’euros pour nos entreprises !
L’espoir…
Des solutions existent bel et bien pour redresser l’économie française. Le temps presse. Les partis politiques disposent de moins d’un an pour proposer un plan crédible en vue de 2027. Nouvel essor français, qui travaille depuis plusieurs années à un projet pour la France, le plus ambitieux depuis 1958, se tient à leur disposition. Sans cela, c’est l’appauvrissement collectif qui nous attend avec, in fine, les créanciers internationaux qui dicteront les règles, et des Français qui paieront le prix fort des errements de leurs dirigeants.
Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.
Lien vers l’article sur le site du journal en date du 4 mai 2026 : Travail le 1er mai : à quand une vraie politique économique et la fin des bricolages de printemps ? | Atlantico.fr.
