Tribune dans Atlantico au sujet de l’effondrement de notre Ecole : comment redresser la situation ?

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Classement PISA : comment sauver notre École ?

Le classement PISA 2025 confirme une réalité que les responsables publics ne peuvent plus esquiver : l’École française peine à faire progresser le niveau de ses élèves et à corriger les inégalités sociales. Le redressement ne viendra pas d’une nouvelle réforme cosmétique, mais d’un changement radical : mesurer les résultats, donner des responsabilités aux établissements et reconnaître le travail des enseignants.

Un décrochage préoccupant

La France reste autour de la moyenne des pays de l’OCDE, mais ses résultats ont atteint leur plus bas niveau depuis le début de l’enquête PISA en 2000. En mathématiques, la baisse depuis 2022 est de 16 points, contre 9 points en moyenne pour les pays membres de l’organisation.

En mathématiques, 36 % des élèves français sont en difficulté, tandis que seuls 4 % atteignent les niveaux les plus élevés, contre 7 % pour l’OCDE.

Lors des journées défense et de citoyenneté (JDC), qui concernent toute une classe d’âge, un jeune sur huit rencontre des difficultés en lecture, soit 13 %.

Enfin, notre système scolaire figure parmi les plus inégalitaires de la quarantaine de pays membres de l’OCDE. C’est de la casse sociale à grande échelle !

Dans ce contexte, comment sauver notre École ?

Mettre la priorité sur l’école primaire

C’est essentiellement à l’école primaire que les inégalités sociales sont perpétuées ou corrigées en fonction des catégories socio-professionnelles des parents. Les premières années d’apprentissage conditionnent en effet la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul, ainsi que la capacité à suivre les enseignements du collège. Or, les évaluations nationales de début de sixième montrent que 15,1 % des élèves ne parviennent toujours pas à lire 90 mots en une minute, un niveau correspondant aux attendus de fin de CE2. Il faut donc donner la priorité à ces premières années de scolarité. Or, si la dépense intérieure d’éducation (DIE) en France est supérieure à la moyenne de l’OCDE et de l’Union européenne (UE) en pourcentage du PIB, elle est nettement plus faible par élève en primaire et nettement plus élevée dans le secondaire. Il faut par conséquent rééquilibrer cette répartition car un élève qui « rate » son primaire est presque condamné à l’échec scolaire.

Par ailleurs, si les devoirs écrits à la maison sont officiellement interdits à l’école primaire en France depuis une circulaire de 1956, réaffirmée par différents textes depuis, cette interdiction est parfois contournée, et surtout elle ne concerne pas les travaux oraux (comme la lecture ou des recherches) ou l’apprentissage des leçons. Il faut par conséquent veiller à cette interdiction générale et effectuer l’ensemble des devoirs au sein de l’école après la classe avant le retour à la maison, ce qui suppose un soutien scolaire intensif avec des enseignants volontaires en heures supplémentaires et des étudiants recrutés pour cela. Pour ce qui concerne les élèves en difficulté, il faut que les cours de soutien soient obligatoires. Cette double obligation des devoirs dans l’établissement et des cours de soutien obligatoires pourrait être prolongée au début du collège, en 6e et en 5e, avant que l’élève devienne plus autonome car les familles ne disposent pas toutes des mêmes ressources, du même temps ou de la même capacité à accompagner les devoirs.

Remettre des thermomètres dans le système

Notre Éducation nationale est en roue libre et évolue de plus en plus comme un bateau ivre. Il faut remettre des thermomètres dans le système afin de s’assurer qu’il remplit bien les missions que les Français lui ont confiées avec leur argent. Une institution qui ne mesure pas ses résultats finit par perdre de vue sa mission.

L’Éducation nationale dispose pourtant d’outils d’évaluation des élèves. Depuis la rentrée 2025, des évaluations standardisées concernent tous les niveaux du CP au CM2, ainsi que toutes les classes du collège. Elles permettent aux enseignants d’identifier les difficultés et d’adapter les apprentissages.

Il faut aller plus loin. Des évaluations nationales obligatoires en fin de CM2, de cinquième, de troisième et de terminale permettraient de disposer de repères communs sur les acquis des élèves. Elles devraient être utilisées pour nourrir un dialogue de gestion entre les rectorats et les établissements, dans le cadre de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (COM).

Ainsi, un établissement qui progresse doit pouvoir bénéficier de moyens supplémentaires. Un établissement qui stagne doit être accompagné, et, lorsque cela est nécessaire, voir son organisation remise en question.

Il faut aussi que les enseignants soient évalués chaque année comme dans n’importe quel autre service public et non inspectés tous les 5 à 7 ans après avoir été prévenus. Le chef d’établissement, qui est mobile tous les cinq ans en moyenne, ce qui limite l’arbitraire, doit être responsable chaque année de la note administrative et pédagogique de l’enseignant. L’inspecteur n’interviendrait qu’en deuxième niveau, en cas de litige entre ces deux parties.

Faire de l’établissement le centre de gravité de l’Éducation nationale

Notre Éducation nationale est l’administration la plus centralisée du pays. Or, les besoins d’un établissement rural, d’un collège de quartier populaire ou d’un lycée des beaux quartiers ne sont pas les mêmes. Si les programmes et les évaluations précitées doivent bien sûr restés nationaux, la façon d’amener les élèves aux niveaux requis, le « comment », doit être à la main du chef d’établissement et de ses équipes pédagogiques afin d’adapter les méthodes au contexte local. Cela susciterait une saine émulation entre établissements et de nombreuses initiatives qui pourraient être ensuite partagées en cas de succès.

L’idée est de donner beaucoup plus d’autonomie au chef d’établissement, non seulement dans l’évaluation annuelle des enseignants, mais aussi dans leur recrutement à l’image de la plupart des autres services publics de l’État, de la fonction publique territoriale ou encore de l’enseignement privé sous contrat.

Confier l’élaboration des programmes à l’Institut de France et à des enseignants agrégés tirés au sort

Les programmes scolaires sont aujourd’hui élaborés par le Conseil supérieur des programmes (CSP) saisi par le ministre. À chaque alternance ou changement de ministre, les programmes sont souvent instrumentalisés à des fins politiques ou idéologiques.

Afin de recentrer les programmes sur les fondamentaux et les adapter aux réalités du terrain, il faudrait confier leur réalisation et actualisation aux cinq académies de l’Institut de France et à 150 professeurs agrégés de la matière considérée tirés au sort parmi leurs pairs.

Supprimer la carte scolaire et imposer un pourcentage de boursiers dans tous les établissements

À rebours de sa vocation d’origine, la carte scolaire est devenue un ghetto éducatif. C’est la double peine quand on habite un quartier défavorisé, sauf pour les 20 % qui connaissent suffisamment le système pour y échapper en jouant sur les options au choix ou d’autres stratagèmes. Résultat : concentration d’élèves en difficulté, beaucoup de jeunes enseignants sans expérience qui souvent ne pensent qu’à être mutés pour évoluer dans un autre établissement, etc. Avec le manque de priorité donnée à l’école primaire, la carte scolaire est l’une des principales causes de l’inégalité du système actuel.

Par conséquent, supprimons la carte scolaire et imposons le même pourcentage (fourchette) d’élèves boursiers dans tous les établissements. Cela amènera les chefs établissement et leurs équipes, dans le cadre de l’autonomie précitée, à aller « chercher » des élèves boursiers ou, au contraire, à inciter les élèves et leurs familles à s’inscrire dans l’établissement le plus proche. Au milieu, on donne une liberté de choix aux parents qui arbitreront en fonction des contraintes de transport, du projet pédagogique de l’établissement, des options disponibles, etc. Pour les familles des classes populaires et moyennes, une aide sous condition de ressources pourrait être attribuée afin d’accentuer cette liberté de choix en facilitant l’inscription dans un établissement privé, à la condition qu’il soit sous contrat avec l’État.

Construire une vraie gestion de carrière pour les enseignants

Aujourd’hui, la gestion des enseignants est extrêmement rigide, cloisonnée et gérée depuis Paris dans une cogestion syndicats d’enseignants et ministère. Pour passer du face-à-face pédagogique au rectorat ou à chef d’établissement, il faut généralement changer de corps et réussir un concours spécifique, comme si vous sortiez de formation initiale !

Dynamisons la gestion des enseignants ! Après cinq années communes et obligatoires d’enseignement afin de connaître les réalités du métier, vous pourriez ensuite facilement, pour ceux qui le souhaitent et moyennant des formations d’adaptation, passer d’une fonction à l’autre de façon souple. Et pour ouvrir davantage le corps enseignant sur le reste de la société, une mobilité extérieure de deux années minimum, dans une autre administration ou dans le secteur privé, pourrait être exigée pour atteindre les grades et échelons sommitaux des différents corps.

En contrepartie de ces réformes systémiques d’ampleur, fortement revaloriser les enseignants

Le métier d’enseignant est un des plus beaux métiers au monde car il conditionne notre avenir. L’École doit être une priorité nationale car mère de beaucoup de batailles à mener pour redresser le pays (violence, recherche, innovation, emploi, croissance, cohésion nationale, intégration, assimilation, etc.). Mais pour cela, il faut que ce métier soit valorisé et valorisant, ce qui passe par une forte revalorisation. En effet, les traitements moyens et médians de nos enseignants sont bien inférieurs aux moyennes UE et OCDE.

Faisons un pacte avec ceux qui portent notre République à bout de bras en première ligne : un effort financier colossal de la Nation pour ramener les rémunérations dans la moyenne UE en contrepartie d’une refondation de notre École. Mesurer les acquis, évaluer les pratiques, donner des responsabilités aux établissements et concentrer les moyens sur les élèves les plus fragiles : voilà les conditions d’un véritable sauvetage de notre Éducation nationale.

Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 14 septembre 2026 : Redressement scolaire en France, priorités pour le primaire et autonomie des établissements