Tribune de Patrice Huiban dans Atlantico sur la crise iranienne

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Si l’attaque contre l’Iran est illégale, elle n’en reste pas moins légitime

De nombreux commentateurs, experts, et bien sûr les alliés de l’Iran (Chine et Russie notamment) mettent en avant le caractère illégal des frappes américano-israéliennes contre l’Iran à compter du 28 février 2026.

Le concept contesté de « légitime défense préventive »

Effectivement, la légitime défense préventive (ou anticipée), revendiquée par Washington et Tel Aviv, est un concept controversé, non reconnu par la majorité des juristes internationaux qui considèrent qu’il risque de justifier des guerres d’agression sous couvert de prévention. Nous avons en effet à l’esprit les fâcheux précédents de l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis, mais aussi le raid israélien contre le réacteur irakien d’Osirak en 1981 au motif qu’il aurait permis à l’Irak de Saddam Hussein d’acquérir l’arme atomique, pays qui était pourtant partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) depuis son entrée en vigueur en 1970 avec un programme nucléaire civil placé sous les garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Les critères d’une guerre légale

La Charte des Nations Unies ne prévoit en effet que deux cas où une guerre peut être déclarée comme légale : une résolution du Conseil de sécurité ou la légitime défense (article 51) face à une attaque armée effective ou imminente et pas simplement supposée. Ce dernier cas suppose l’absence d’alternative pacifique, des preuves irréfutables et une réponse militaire proportionnée.

Pour autant, si l’Iran a aussi signé puis ratifié le TNP en 1970 et est formellement soumise aux contrôles de l’AIEA, la comparaison avec d’autres pays comme l’ Irak de Saddam Hussein a ses limites.

Un régime iranien pas simplement autoritaire et nationaliste, mais totalitaire et impérialiste

La principale différence tient à la nature même de ces deux régimes. Si celui de Saddam Hussein était autoritaire, nationaliste et laïc, il n’en va pas de même avec celui de Téhéran qui est islamiste chiite, soit un régime totalitaire et impérialiste. Non satisfait de maintenir son pouvoir en limitant les libertés politiques, il contrôle tous les aspects de la vie quotidienne en utilisant la terreur de masse contre sa population comme on l’a encore constaté ces derniers mois. Cependant, le plus dangereux pour l’Occident n’est pas le degré de contrôle de sa population – après tout, les régimes démocratiques sont minoritaires dans le monde et on a pu constater le bilan calamiteux des tentatives militaires de
regime change de l’extérieur menées depuis les années 2000 -, mais la volonté du gouvernement iranien d’exporter son modèle dans la région et au-delà. L’opposition aux principes et aux valeurs portés par l’Occident lui est consubstantielle. Par conséquent, aucune coexistence pacifique durable n’est envisageable avec ce type de régime car pour faire la paix, il faut être deux. Or, le combat contre l’Occident est dans son ADN comme il l’était pour l’Allemagne nazie ou l’Union soviétique.

Des attaques américano-israéliennes illégales mais légitimes ?

Cela s’est traduit depuis sa création en 1979 par des attaques incessantes, par milices interposées, faisant des centaines de morts, notamment à Beyrouthen 1983 où 300 soldats français et américains ont perdu la vie, sans compter des dizaines de prises d’otages. Ne serions-nous donc pas en état de légitime défense sur le temps long ? À défaut d’être légales, les attaques américano-israéliennes ne seraient-elles pas légitimes ?

L’échec des sanctions économiques et de toutes les tentatives diplomatiques

Aujourd’hui encore, Téhéran prône toujours et sans concession la destruction d’Israël, alors que les accords d’Abraham de 2020 ont ouvert la voie à une paix durable entre l’État hébreu et ses voisins. Après la politique de fermeté de Donald Trump qui a unilatéralement quitté en 2018 l’accord nucléaire iranien de 2015 – le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) – au motif qu’il ne bloquait pas définitivement l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire, mais seulement pour une durée limitée, la politique d’apaisement menée par JoeBiden a également échoué face aux exigences de Téhéran. À partir de 2021 et selon l’AIEA, l’Iran a enrichi de l’uranium à des niveaux jamais atteints depuis 2015 (jusqu’à 60 %, proche du seuil militaire de 90 %) et a réduit la coopération avec l’agence, limitant l’accès des inspecteurs aux sites déclarés par le gouvernement.

Pense-t-on sérieusement que la SDN aurait pu mettre fin aux régimes impérialistes nazi et japonais ?

Par conséquent, face à un tel régime qui veut rayer de la carte Israël et attaquer sans relâche l’Occident avec un risque de détention à terme de l’arme nucléaire en complément des vecteurs balistiques associés, quand toutes les négociations et sanctions économiques ont échoué depuis 1979, que faut-il faire ? Pense-t-on sérieusement que la société des nations (SDN) et les négociations auraient pu à l’époque mettre fin aux régimes nazi et japonais et à leur doctrine impérialiste avec aussi le risque qu’ils détiennent à terme l’arme atomique ? Pense-t-on que le communisme aurait pu à ce point refluer sans une pression militaire et économique permanente et constante des pays occidentaux pendant des décennies ?

Changer le régime iranien en tirant les enseignements de l’expérience afghane

Face à des régimes impérialistes totalitaires qui misent sur des « manoeuvres par la lassitude » pour survivre et continuer à combattre l’Occident par tous les moyens, il faut que nos démocraties se réapproprient le temps stratégique au-delà des coups tactiques sans lendemain. En cela, les pressions économiques et militaires doivent être maintenues le temps nécessaire afin de faire tomber ce régime aujourd’hui affaibli. Il y a une fenêtre d’opportunité qui a peu de chance de se représenter à la condition de tirer les enseignements de l’expérience afghane. Il ne s’agit surtout pas d’occuper le pays après la chute du régime afin d’y instaurer une démocratie selon nos standards. Il nous faut simplement un gouvernement compatible dans la durée avec les nôtres…

Patrice Huiban est haut-fonctionnaire et Président de Nouvel essor français.

Lien vers l’article sur le site du journal en date du 23 mars 2026 : Si l’attaque contre l’Iran est illégale, elle n’en reste pas moins légitime | Atlantico.fr.